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Les aventuriers de l'Or Rouge de Rochefort
La Tomate qui a fait la fortune des anciennes familles rochefortaises

Rochefort News e-TV du Grand Avignon
 
 
  
 
Samedi 8 Sept 2007- Deux mois et demi se sont écoulés depuis le repiquage des plants de Tomate St Pierre pour une culture de plein champ. Des récoltes échelonnées ont eu lieu et les 200 plants de cette culture expérimentale a permis déjà de récolter près de 150kg de tomates. D'autres sont entrain de mûrir sur pieds et ainsi de suite. Avec une belle arrière saison, la récolte peut durer jusqu'à Noël, d'où l'appellation des Anciens: la Tomate de Noël!
Cette méthode traditionnelle ajoutée à la terre particulière de Rochefort a donné au siècle dernier une tomate à la chair savoureuse et parfumée très estimée des gourmets. Le boom des vignobles et l'invasion des tomates nordiques industrielles ont hélas sonner prématurément le glas de cet Or rouge. Mais c'était sans compter ce clan d'irréductibles qui, depuis cinq ans dans l'ombre , de sélection en sélection, est entrain de la faire renaître de ses cendres!

LES PRECEDENTS ARTICLES...

Samedi 29 Juin, un soleil torride estival cognait dur sur Rochefort. A l'heure où les vacanciers prennaient déjà la route vers la Mer ou vers d'autres frontières, quatre rochefortais se sont réunis pour un rêve qu'ils mûrissaient en secret depuis 5 ans au fond de leur pensée: ressuciter l'Or Rouge de Rochefort du Gard!
Michel, Bernard, Christian et Roger dans l'indifférence ou l'ignorance du reste de la commune sont passés à l'acte. Ils ont sélectionnés les espèces anciennes , nouvelles et même des variétés BIO de ce fruit rouge qu'est la tomate de Rochefort qui a fait le bonheur et la fortune des paysans d'antan, la fameuse Tomate St Pierre cultivée sur la Terre particulière de Rochefort. Presque religieusement, ils ont reproduis les gestes des anciens veillant à ce que la méthode ancestrale soient respectée...
La culture d'antan: Tout commence par les semis, courant juin, arrosés régulièrement, sarclés, ils sont repiqués en pleine terre en début juillet lorsqu’ils atteignent 15 à 20 cm. Le travail se fait en fin d’après-midi afin que le soleil ne brûle pas les plants. Ils sont aussitôt arrosés à grande eau.
“A 5 on plantait 4 à 5000 pieds dans la soirée, se souvient Magui Vantesone, mon père après sa journée de travail faisait des tomates.
Publié le 1er Juillet 2007
Il avait à peu près 8000 pieds. Une fois plantés et arrosés, il fallait mettre les cannisses en chapiteau et les lier avec du fil de fer pour que le vent ne les arrache pas. Les plants étaient ensuite attachés sur les cannisses avec des joncs que l’on coupait au bord des fossés. Après les avoir fait sécher au soleil on les taillait à la bonne dimension et nous partions dans les champs. L’opération se répétait deux à trois fois, puis il fallait enlever les pousses entre chaque feuille pour ne laisser que le pied principal. Fin septembre dès qu’il y avait 4 à 5 bouquets on dépointait. C’est-à-dire que l’on coupait la tête du plan pour que les tomates grossissent et viennent à maturité. La cueillette nécessitait à peu prés trois passages car la tomate doit se ramasser lorsqu’elle vire du vert au blanc. C’est le secret pour qu’elle reste ferme. Ensuite, elles étaient stockées durant près de 3 semaines dans des remises ou des greniers chauffés. Certains la laissaient mûrir en cagette d’autre sur un lit de paille : chacun avait sa méthode pour la faire venir à point“. La dernière opération avant expédition consistait à calibrer et présenter l’or rouge sur les plateaux de manière à les rendre désirables. Comme pour les autres opérations, pas de machine mais un œil expert et des mains agiles pour faire le travail. Avec un souci d’esthétique permanent c’était des plateaux de 16, 20 ou 24 fruits, selon la grosseur, recouvert du cellophane transparent, sur lequel était imprimé le Castelas dominant des paniers de tomates appétissantes, qui étaient collectés 3 fois par semaine. “C’etait un dur labeur!"

Le Syndicat ....
Crée en 1909 le Syndicat de défense des producteurs de tomates de Rochefort du Gard marche bien. Il compte un grand nombre d’adhérents qui revendiquent bec et ongle l’originalité de leur produit qui bénéficie du label AFAQ qualité France. “La tomate procurait du travail pratiquement 6 mois de l’année et tous ceux qui avaient un terrain propice à cette culture en plantait. Elles étaient expédiées à Paris, Sarrebruck et Saint Etienne. Les grosses partaient à la capitale les petites en Allemagne. C’était d’un bon rapport“ expliquent Michel Mérrichelli et son épouse qui en ont remué des centaines de tonnes. La Saint-Pierre est une variété ancienne d’une grande fermeté, pratiquement sans pépin très recherché pour sa chair au goût délicat. Elle a fait les beaux jours du village qui à cette époque recensait moins de 1000 habitants. Ce fruit qui a la particularité d’être tardif et de pousser en plein champ alimentait un marché porteur jusqu’à Noël.

Reportage vidéo : Robert LU
Texte de Christian CONIL et Robert LU

La tomate est fragile, elle craint les orages et les traitements se faisaient avec des sulfateuses que l’on portait sur le dos. Il fallait beaucoup de main d’œuvre mais c’était l’affaire de tout le village. Si quelqu’un avait raté ses semis, il pouvait compter sur les autres pour le dépanner. La solidarité existait sans s’exhiber“.

La concurrence étrangère
En 1959, À l’occasion d’un reportage effectué par la RTF dans le cadre d’une émission agricole qui traitait de la tomate de Rochefort, de la pomme reinette du Vigan et des fourches (en bois) de sauve, la presse locale écrivait :
“ A Rochefort est cultivée la tomate la plus tardive qui assure la soudure avec les productions plus précoces du Maroc et d’Algérie … Finissant sa maturité en grenier ou sous châssis, elle n’est vendue que mure à point lorsqu’elle est d’un rouge écarlate spécial tirant sur le violet. Fruit de luxe ferme et très charnue, sans pépins, elle reste ferme très longtemps … Une qualité due à un arrosage peu copieux et au terroir … Les productions limitrophes produisent les mêmes fruits, mais ils ne sont pas aussi ferme.“

Avec 109 adhérents en 1909, 50 ans plus tard la production est de 100 000 plateaux de 6 Kg. A cette époque le nombre de pied de tomates sur la commune est estimé à près d’un million. Roger Guigue sera le dernier président du syndicat qui s’éteindra en 1967. Les causes restent obscures mais la concurrence de la tomate de Hollande, la montée en puissance des Côtes du Rhône et une charge de travail manuel importante semblent avoir eu raison de ce fruit méditerranéen par excellence.

 

 

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